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dimanche 10 avril 2011

La télévision québécoise, véritable outil de cohésion nationale et de préservation cuturelle?

Lors du cours du 29 mars dernier, nous avons vu, en lien avec cette idée de "collectivisation du droit d'auteur", que les commissions AIRD et Caplan-Sauvageau , de même que la Loi de 1991, étaient unanimes à l'effet que le système canadien de radiodiffusion et de télédiffusion devait servir l'identité nationale et la souveraineté culturelle, favoriser l’expression canadienne, et être le reflet de la nation...

J'ai lu dans La Presse, hier matin, un article de Natalie Petrowski intitulé L'invasion des formats étrangers, faisant état d'un phénomène actuel fort inquiétant à cet égard, qui vient corroborer le postulat émis en classe voulant que ce soit plutôt un idéal qui est loin d'être atteint...

J'ai donc décidé de vous partager les passages qui sont les plus pertinents pour les fins du cours:


Depuis Les enfants de la télé jusqu'à Un souper presque parfait, en passant par Le banquier ou Tout le monde en parle, les émissions les plus populaires de la télé québécoise ont une chose en commun: elles ont toutes été imaginées ailleurs.
Ce sont des importations, payées à prix fort, qui portent le nom de formats étrangers. Qu'ils soient britanniques, américains, allemands ou japonais, ces formats font le plein de cotes d'écoute chez nous, mais ne favorisent pas le développement d'une télé québécoise originale. Plutôt le contraire. (...)

Parfois, même, on a la nette impression que, si ce n'était de la fiction, la télé québécoise ne serait plus qu'un comptoir, voire un gros Costco, distributeur de produits étrangers. Le catalogue des formats étrangers compte une bonne quinzaine de titres où l'on retrouve pêle-mêle, La guerre des clans, Les enfants de la télé, Le banquier, Le cercle, Atomes crochus, Dieu merci!, Pyramide, Génial, La classe de 5e, Ça va chauffer, Caméra café, Les docteurs, Le moment de vérité, Un souper presque parfait et Ma maison Rona. Autant de formats qui nous ont captivés, qui nous ont divertis, mais qui, en fin de compte, ont nui à la création d'ici et l'ont privée de millions de dollars.
(...)
À quoi attribuer le phénomène? Au temps et à l'argent, principalement, et au fait qu'entre un format québécois qui n'a jamais été éprouvé et un format étranger qui a fait ses preuves et qui a été couronné de succès, les diffuseurs d'ici n'hésitent pas longtemps. «Développer un concept original coûte cher en temps et en main-d'oeuvre», explique Claire Samson, la pdg de l' l'Association des producteurs de film et de télévision du Québec (APFTQ). «Si les producteurs étaient assurés de vendre tous les concepts qu'ils ont développés, l'investissement en vaudrait la chandelle. Mais huit nouveaux concepts sur dix meurent au feuilleton. Les producteurs n'ont tout simplement plus les moyens de se payer le luxe du développement.»
(...)
Pourquoi les diffuseurs d'ici sont-ils si friands des formats des autres? «Parce qu'un format comme celui du Banquier ou de Tout le monde en parle vient avec une recette, un cahier des charges, un décor et une garantie de succès puisque le format a déjà fait ses preuves ailleurs. Pour le diffuseur, c'est zéro risque», répond Wiseman.
(...)
Le producteur Jocelyn Deschênes, de chez Sphère Média (Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Penthouse 5-0, Providence, Mauvais karma), cite le cas d'un projet qu'il développe depuis 12 ans. «Je suis têtu et je crois bien que cette fois-ci, on va passer. En attendant, c'est moi qui ai investi 100 000 $ dans le projet. Pas le diffuseur.» (...)


L'invasion de la télé québécoise par les formats étrangers ne fait pas que nuire à la création. Chaque année, elle siphonne des millions de dollars qui ne sont pas réinvestis dans la production locale. Les producteurs de Tout le monde en parle, par exemple, doivent payer environ 25 000 $ en droits par émission à Thierry Ardisson, l'auteur du format. Multiplié par 26 émissions, le chiffre s'élève à 650 000 $, versés chaque année à Ardisson.


Tous les formats ne coûtent pas ce prix en droits. N'empêche. On peut avancer sans exagérer que les 15 formats étrangers qui cartonnent actuellement à la télé québécoise entraînent une fuite de capitaux de près de 10 millions par année. Ce n'est pas rien. «Le jour où tout cet argent qui part et qui ne revient pas sera plutôt investi dans la création télévisuelle québécoise, on sera autrement plus compétitifs sur le marché international», dit Jean-François Boulianne.

Ce jour-là ne risque pas d'arriver avant longtemps. En attendant, l'APFTQ a imaginé une solution. L'association a déposé chez le ministre Bachand un projet de crédit d'impôt pour le développement en télé. Le ministre des Finances aurait accueilli la mesure avec intérêt sans pour autant l'inclure dans son dernier budget. Reste que la balle est désormais dans son camp. Elle est aussi dans le camp des diffuseurs qui méritent d'être rappelés à l'ordre ou du moins sensibilisés au tort qu'ils causent à la télé originale québécoise. Avec leurs formules clés en main et zéro risque, les formats étrangers sont séduisants. Mais ils ont un prix: le prix de notre culture, de notre imagination et, en fin de compte, de notre identité.



Pour lire l'article au complet, rendez-vous sur cyberpresse.ca.

2 commentaires:

  1. Très intéressant. J'apporte une nuance : les formats québécois s'exportent eux aussi et représentent une possibilité de rentabiliser leurs oeuvres très intéressante pour les auteurs.

    Par ailleurs, oui la diffusion de formats étrangers peut s'opposer à cette idée d'une télévision ciment de la nation. Cependant, si les Québécois demeurent rassemblés autour de ces émissions (lesquelles souvent ont des invités, des vedettes, des sujets adaptés au Québec) ils ne sont pas alors fragmentés. C'est la plutôt la multiplication des canaux qui produit cet effet.

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  2. Bien que les concepts d'ailleurs se retrouvent de plus en plus présents dans la paysage télévisuel québécois, il faut garder en tête que plusieurs émissions de télé qui furent conçues ici sont aussi prisées dans d'autres pays. Il suffit de penser à "Un gars, une fille" dont 23 versions sont diffusées dans plus d'une cinquantaine de pays, sans oublier " Les Plouffes", "Les Bougons" et plus récemment "Les Parent" qui a fait l'objet d'une version polonaise parmi plusieurs autres!

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