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jeudi 7 avril 2011

Éditorial de la Presse sur C-32 et les élections par Marc Cassivi

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, disait l'autre. Non, je ne parle pas de Stephen Harper. Je pourrais. Campagne oblige, le Parti conservateur a sorti de sa besace électorale toute demi-vérité pouvant lui servir à discréditer ses adversaires.

Celle, par exemple, voulant qu'il soit répréhensible que le Parti libéral, le NPD et le Bloc québécois se déclarent en faveur d'une «taxe» sur les iPod et autres appareils d'enregistrement numériques. Une publicité télévisée diffusée ces jours-ci insiste sur cette «hérésie», en tentant de faire passer Michael Ignatieff pour communiste, ou pis encore (si cela est possible aux yeux de l'électorat conservateur).

Les conservateurs, dans le domaine de la culture comme dans bien d'autres, préconisent «le retrait de l'État au profit de l'entreprise individuelle». Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le professeur de philosophie Christian Nadeau dans son essai Contre Harper, bref traité philosophique sur la révolution conservatrice (Boréal, 2010).

Christian Nadeau résume, succinctement et assez justement à mon sens, le point de vue général des conservateurs sur les artistes: «Puisque les artistes se définissent comme des trublions, qu'ils trouvent eux-mêmes de quoi survivre.»

C'est, de toute évidence, la philosophie du gouvernement Harper en matière de droit d'auteur. Le projet de loi C-32 sur la modernisation du droit d'auteur a beau être mort au feuilleton avec le déclenchement des élections, il ne sera certainement pas abandonné, dans son essence, par le prochain gouvernement s'il est conservateur, et a fortiori majoritaire.

On sait l'acharnement et l'aveuglement avec lesquels le gouvernement Harper mène ses politiques, envers et contre tous. Le projet de loi C-32 n'y a fait pas exception. Malgré une opposition quasi unanime, des partis d'opposition, des médias, des artistes, des juristes spécialisés en propriété intellectuelle, voire du Barreau du Québec, le gouvernement a persisté à défendre l'indéfendable: un projet de loi tellement bancal et ambigu, ouvrant la porte à tellement d'interprétations et d'exceptions, qu'il est pratiquement inapplicable.

Comment le gouvernement conservateur, s'il est réélu, compte-t-il compenser les pertes de revenus des artistes? En ne faisant rien du tout, c'est-à-dire en excluant les enregistreurs numériques du régime de copie privée.

Pourquoi défendre les intérêts d'artistes pour la plupart antipathiques aux idées du parti, quand on peut lécher les bottes de riches fabricants de baladeurs numériques et des fournisseurs d'accès internet, en faisant croire que c'est dans l'intérêt des consommateurs?

Pourquoi agir quand on peut rejeter le blâme sur l'opposition, favorable à une redevance, pas à une taxe? Entre la taxe et la redevance, il y a d'ailleurs une nuance sémantique, subtilement démagogique, allant dans le sens du message central de la campagne conservatrice: avec nous, vous paierez moins. M'est avis, au contraire, que cette élection risque de coûter très cher à tous ceux qui ont à coeur l'avenir de la culture.


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